Facture proforma, devis ou facture définitive : quelles différences ?

Trois documents, trois moments de la relation commerciale, trois régimes juridiques. Le devis engage. La proforma informe. La facture prouve. Confondre les deux premiers avec le troisième expose à une TVA due sans encaissement ou, à l’inverse, à une créance impossible à recouvrer. Ce comparatif remet chaque document à sa place, avec les règles françaises applicables.

Le tableau comparatif complet

Critère Devis Facture proforma Facture définitive
Moment d’émission Avant la commande Avant la livraison ou l’exécution Après la livraison ou l’exécution
Nature juridique Offre de contrat Document d’information chiffré Titre de créance
Engage le vendeur Oui, pendant sa durée de validité Faiblement, à titre indicatif Oui
Devient contrat si accepté Oui, dès la signature « bon pour accord » Non par principe Constate un contrat déjà formé
Écriture comptable Non Non Oui, obligatoire
TVA exigible chez le vendeur Non Non Oui
Droit à déduction pour l’acheteur Non Non Oui
Numérotation séquentielle imposée Non Non Oui, chronologique et sans rupture
Mentions obligatoires légales Limitées, renforcées pour les particuliers Aucune imposée Liste exhaustive (L441-9 C. com.)
Base d’une injonction de payer Non Non Oui
Cessible à un factor Non Non Oui
Accepté au dédouanement Non Oui Oui
Accepté pour un crédit documentaire Rarement Oui Oui
Durée de conservation Recommandée : durée du litige possible Aucune obligation 10 ans (comptable), 6 ans (fiscal)
Soumis à la facturation électronique obligatoire Non Non Oui, selon le calendrier 2026-2027

Le devis : une offre qui vous engage

Le devis est une offre de contrat au sens de l’article 1114 du Code civil. Il contient les éléments essentiels de la vente ou de la prestation et exprime la volonté de son auteur d’être lié en cas d’acceptation. Cela a une conséquence directe : dès que le client écrit « bon pour accord », date et signe, le contrat est formé. Vous ne pouvez plus modifier le prix, même si votre fournisseur a augmenté ses tarifs entre-temps.

Quand le devis est obligatoire

Vis-à-vis d’un professionnel, aucun texte n’impose d’établir un devis. Vis-à-vis d’un consommateur, en revanche, il l’est dans plusieurs cas :

  • travaux de dépannage, de réparation et d’entretien dans le bâtiment et l’équipement de la maison, dès que le montant estimé dépasse 150 € TTC ;
  • prestations de déménagement ;
  • services à la personne au-delà d’un certain montant mensuel ;
  • prestations funéraires, avec un modèle réglementé ;
  • certaines prestations d’optique et d’audioprothèse.

Un devis destiné à un consommateur doit porter la mention « devis gratuit » ou indiquer clairement son coût s’il est payant, préciser la durée de validité, le caractère détaillé de la main-d’œuvre et des fournitures, ainsi que les frais de déplacement éventuels.

Le piège de la durée de validité

Sans mention de durée, l’offre reste valable pendant un « délai raisonnable » que le juge apprécie souverainement. Mentionnez systématiquement une durée — trente jours est l’usage — pour éviter qu’un client vous oppose un prix vieux de deux ans.

La facture proforma : informer sans engager comptablement

La proforma reprend la forme d’une facture sans en produire les effets. Elle n’a pas de définition légale en droit français : c’est un usage commercial, hérité du négoce international, que ni le Code de commerce ni le CGI n’encadrent.

Son intérêt tient précisément à cette neutralité. Vous pouvez émettre une proforma pour :

  • permettre à un acheteur étranger d’ouvrir un crédit documentaire ou d’obtenir une autorisation de transfert de devises ;
  • fournir une valeur en douane pour des marchandises non encore vendues — échantillons, matériel en réparation, exposition ;
  • appuyer une demande de subvention ou un dossier de financement ;
  • déclencher une validation budgétaire interne chez un client institutionnel ;
  • demander un acompte avant démarrage d’une mission.

Attention à la requalification. L’article 283-3 du CGI rend redevable de la TVA toute personne qui la mentionne sur une facture, même à tort. Un document qui ressemble à une facture, réclame un paiement et ne porte aucune mention distinctive peut être requalifié. Faites toujours figurer « FACTURE PROFORMA » en évidence et la phrase « ce document n’est pas une facture ». Notre guide complet de la proforma détaille les précautions à prendre.

La facture définitive : le seul document qui compte fiscalement

La facture est encadrée par deux corps de règles complémentaires : l’article L441-9 du Code de commerce pour la dimension commerciale, et les articles 289 du CGI et 242 nonies A de l’annexe II pour la dimension fiscale.

Elle doit être émise dès la réalisation de la livraison ou de la prestation, en deux exemplaires — l’original pour le client, le double pour le vendeur. Elle porte un numéro unique, fondé sur une séquence chronologique continue et ininterrompue. Une facture annulée ne se supprime pas : elle se neutralise par une facture d’avoir, qui prend elle-même un numéro dans la séquence.

Les conséquences concrètes de l’émission

  • La TVA devient exigible : à la livraison pour les biens, à l’encaissement pour les services — sauf option pour les débits.
  • Le délai de paiement court : 30 jours par défaut, 60 jours à compter de la date d’émission ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit, en application de l’article L441-10 du Code de commerce.
  • Les pénalités deviennent automatiques en cas de retard, ainsi que l’indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement.
  • La créance devient exigible et peut fonder une injonction de payer ou une cession à un établissement d’affacturage.

Quel document utiliser, et quand ?

Situation Document approprié Pourquoi
Un particulier demande le prix de travaux de 900 € Devis Obligatoire au-delà de 150 € TTC dans le bâtiment
Un client marocain doit obtenir une autorisation d’importation Facture proforma Seul document accepté par les administrations avant la vente
Vous expédiez des échantillons gratuits hors UE Facture proforma Fournit une valeur en douane sans vente réelle
Un service achats vous demande un « bon de commande à valider » Devis ou proforma Selon le formalisme du client ; le devis est plus engageant
La prestation est terminée et le client doit payer Facture définitive Seul titre de créance opposable
Vous demandez un acompte de 30 % avant démarrage Facture d’acompte La TVA sur acompte est exigible à l’encaissement pour les services
Vous facturez une administration française Facture définitive via Chorus Pro Obligation de dématérialisation B2G depuis 2020

Le cas de l’acompte. Une proforma ne peut pas tenir lieu de facture d’acompte. Si vous encaissez réellement une somme avant livraison, vous devez émettre une facture d’acompte, numérotée dans votre séquence normale, avec la TVA correspondante. La facture de solde viendra ensuite déduire l’acompte déjà facturé.

L’enchaînement type d’un dossier export

  1. Devis ou proforma initiale Le prospect étranger demande une cotation. Vous émettez une proforma valable trente jours, avec Incoterm, délai de livraison et conditions de paiement.
  2. Validation et financement L’acheteur transmet la proforma à sa banque pour ouvrir un crédit documentaire, ou à son administration pour obtenir une licence d’importation.
  3. Commande ferme L’acheteur émet un bon de commande ou renvoie la proforma signée. Le contrat est formé.
  4. Facture d’acompte, éventuellement Si vous exigez 30 % à la commande, cette facture entre en comptabilité et déclenche l’exigibilité de la TVA — ou sa mention d’exonération si l’opération est exportée.
  5. Expédition et facture définitive À la livraison, la facture commerciale finale accompagne la déclaration en douane. Elle porte la mention d’exonération de l’article 262 du CGI et toutes les mentions obligatoires.

Trois erreurs fréquentes

Envoyer une proforma en croyant réclamer un paiement. Si le client ne paie pas, vous n’avez aucun titre. Émettez une facture.

Numéroter les proformas dans la série des factures. Cela crée des trous ou des doublons dans la séquence comptable, immédiatement repérés en cas de contrôle. Utilisez une série dédiée, par exemple PRO-2026-001.

Comptabiliser une proforma. Elle n’a pas à figurer au journal des ventes. Si elle y figure, la TVA qu’elle mentionne sera considérée comme collectée et devra être reversée.

Un outil, trois documents

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